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HISTOIRE DU CANADA.

une telle prétention… et je ne vois d’autre moyen pour sortir d’embarras que celui que je prends. »

Ses partisans lui présentèrent aussitôt pour l’appuyer de Québec, de Montréal et de partout où il s’en trouvait quelques-uns, de nouvelles adresses de félicitation et d’assurance de confiance dans son gouvernement. Il répondit qu’il espérait toujours être soutenu par ceux qui savaient apprécier les bienfaits de la constitution lorsqu’il résisterait à des efforts qui tendraient à la troubler.

En même temps leurs émissaires commencèrent une grande agitation en se répandant dans toutes les campagnes et en y répandant à leur tour partout des adresses et des écrits pour prévenir le peuple contre les derniers actes de ses représentans. Mais le peuple qui ne voyait au plus qu’une colère de fonctionnaires ou qu’une joie d’antagonistes dans ces manifestations empressées, sortit à peine de son calme ordinaire devant tout ce bruit, et attendit tranquillement l’urne électorale pour se prononcer sur le débat du jour.

Mais l’exécutif était résolu d’employer tous les moyens pour désarmer ses adversaires, neutraliser leur influence et frapper les électeurs de terreur afin de s’assurer aux prochaines élections d’une chambre qu’il put mener à sa guise. Le premier coup qu’il fallait porter pour parvenir à ce but était contre le journal lui-même qui avait défendu la chambre et ensuite contre les principaux représentans.

Le conseil exécutif s’assembla et scruta le Canadien pour trouver matière ou prétexte à quelque démonstration propre à faire un grand effet. Le gouverneur lui-même demanda l’emprisonnement de l’imprimeur. Deux aubergistes nommés Stilling et Soles, après s’être procurés les numéros du 3, du 10 et du 14 mars du journal répudié, allèrent faire leur déposition le 17 devant le juge en chef Sewell, qui donna l’ordre d’en exécuter la saisie.

Une horde de soldats conduite par un magistrat s’empara des presses et emprisonna l’imprimeur après qu’on lui eut fait subir mystérieusement un examen devant le conseil exécutif. Les gardes de la ville furent en même temps augmentées et des patrouilles parcoururent les rues comme si l’on avait été menacé d’une insurrection. La malle fut détenue pour saisir, disait-on, tous les fils de la conspiration avant que la nouvelle de ce qui venait