Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/103

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


s’il n’avait jamais fait autre chose. Le roi retourna alors à son palais, suivi de tous les animaux qui, par son ordre, avaient d’abord accompagné Reineke un bout de chemin ; et le coquin avait pris des mines si tristes, si désolées, qu’il avait ému la pitié de plus d’un bon cœur. Lampe était surtout très-ému : « Pourquoi, disait le scélérat, pourquoi, mon cher Lampe, faut-il nous quitter ? Si vous étiez assez bon, vous et Bellyn, le bélier, pour m’accompagner encore plus loin, votre société me serait un grand bienfait. Vous êtes d’agréable compagnie et d’honnêtes gens, chacun dit du bien de vous, cela me ferait honneur ; vous êtes ecclésiastiques et de mœurs saintes ; vous vivez justement comme j’ai vécu dans mon ermitage ; des herbes vous suffisent, et vous apaisez votre faim avec des feuilles et du gazon et vous ne demandez jamais du pain ou de la viande ou d’autres aliments plus recherchés. » C’est pas ces paroles louangeuses qu’il ensorcelait ces deux caractères faibles ; tous deux l’accompagnèrent jusqu’à sa demeure. Lorsqu’ils virent le donjon de Malépart, Reineke dit au bélier : « Restez ici, Bellyn, et mangez à loisir ce gazon et ces plantes ; ces montagnes produisent des herbes d’un goût excellent. J’emmène Lampe avec moi ; priez-le de consoler ma femme, qui est déjà bien affligée et qui tombera dans le désespoir lorsqu’elle apprendra que je vais en pèlerinage à Rome. »

Le renard se servait de ces douces paroles pour les tromper tous les deux. Il fit entrer Lampe ; ils trouvèrent dame Renard bien triste, couchée auprès de ses enfants, vaincue par l’affliction ; car elle n’espérait plus voir Reineke revenir de la cour. Quand elle l’aperçut, avec sa besace et son bâton, elle s’en étonna fort, et dit : « Mon cher Reineke, dites-moi comment cela s’est-il passé ? Que vous est-il arrivé ? » Et il dit :