Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/110

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Et il s’en alla rapidement. À midi, il était à la cour.

Lorsque le roi l’aperçut, il reconnut sur-le-champ la besace, et dit : « Eh bien, Bellyn, d’où venez-vous, et où avez-vous laissé Reineke ? Vous portez sa besace ; qu’est-ce que cela signifie ? » Bellyn repartit : « Sire, il m’a prié de vous porter ces deux lettres. Nous les avons rédigées à nous deux. Vous y trouverez des choses de la dernière importance subtilement traitées, et c’est moi qui en ai conseillé le contenu. Les voici dans la besace ; c’est lui qui a fait le nœud. »

Le roi fit venir sur-le-champ le castor qui était notaire et secrétaire du roi : il se nommait Bokert ; il avait pour fonction de lire au roi les lettres les plus difficiles et les plus importantes ; car il connaissait plusieurs langues. Le roi fit aussi mander Hinzé. Lorsque Bokert eut, avec l’aide de Hinzé son compagnon, défait le nœud de la besace, il en tira avec étonnement la tête du pauvre lièvre : « Voilà d’étranges lettres ! s’écria-t-il. Qui les a écrites ? Qui l’expliquera ? C’est la tête de Lampe ; tout le monde peut le reconnaître. »

Le roi et la reine reculèrent d’horreur. Mais le roi baissa la tête, et dit : « Ô Reineke, si je te tiens jamais ! » Le roi et la reine s’affligèrent extrêmement. « Comme Reineke m’a trompé, dit le roi, oh ! si je n’avais pas ajouté foi à ses infâmes mensonges ! » Il était tout troublé, et tous les animaux comme lui. Mais Léopard, le plus proche parent du roi, prit la parole : « Vraiment, je ne vois pas pourquoi vous êtes si affligé et la reine aussi. Chassez ces pensées ; prenez courage. Un tel abattement devant tout le monde ne peut que vous déshonorer. N’êtes-vous pas maître et seigneur ? Tous ceux qui sont ici n’ont qu’à vous obéir !