Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/22

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d’immondices et d’ordures si corrosives, qu’il y en a encore trois à la maison qui souffrent d’une cruelle cécité. Il est vrai que, depuis longtemps, il a été question de ce crime : on avait même fixé un jour pour mettre ordre à de pareils griefs ; il offrit de faire tous les serments ; mais bientôt il changea d’avis et courut s’enfermer dans sa forteresse, c’est ce que savent trop bien tous les hommes qui m’entourent ici. Seigneur, il me faudrait bien des semaines pour raconter rapidement tous les maux que le brigand m’a faits. Quand toute la toile que l’on fait à Gand deviendrait du parchemin, elle ne pourrait pas contenir tous les tours qu’il m’a joués ; aussi je les passe sous silence. Mais le déshonneur de ma femme me ronge le cœur; j’en tirerai vengeance, quoi qu’il arrive.

Lorsque Isengrin eut ainsi tristement parlé, on vit s’avancer un petit chien qui s’appelait Vackerlos ; il parlait français et raconta combien il était pauvre et qu’il ne lui restait rien au monde qu’un petit morceau d’andouille et que Reineke le lui avait pris ! Alors le chat Hinzé, tout en colère, s’élança d’un bond et dit :

— Grand roi, que personne ne se plaigne du mal fait par le scélérat plus que le roi lui-même. Je vous le dis, dans cette assemblée, il n’y a personne ici, jeune ou vieux, qui doive craindre ce criminel autant que vous. Quant à la plainte de Vackerlos, elle ne signifle rien ; il y a des années que cette affaire est arrivée ; c’est à moi qu’appartenait cette andouille. J’aurais dû me plaindre alors ; j’étais allé chasser ; chemin faisant, je fis une ronde de nuit dans un moulin ; la meunière dormait, je pris tout doucement une andouille, je l’avouerai ; mais, si Vackerlos y eût jamais quelque droit, il le doit à mon adresse.

La panthère dit:

— A quoi bon ces plaintes et ces paroles ? elles ne servent à rien ; le mal est assez constaté. C’est un voleur, un assassin, je le soutiens hardiment. Ces messieurs le savent bien ; il est artisan de tout crime.