Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/78

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Et Reineke dit: «Je ne vous cacherai pas ce secret; à quoi cela me servirait-il? car je ne puis rien emporter de toutes ces choses précieuses. Mais, puisque vous l'ordonnez, je vais tout vous raconter; car il faut bien qu'on le sache une fois; et vraiment pour tout l'or du monde je ne voudrais pas garder plus longtemps ce grand secret. Apprenez-le donc, ce trésor a été volé. Une conjuration a été faite pour vous tuer, vous, sire! et, si à l'instant même le trésor n'avait pas été habilement enlevé, c'en était fait de vous. Faites-y bien attention, très-gracieux seigneur, de ce trésor dépendaient votre vie et votre postérité; et c'est son détournement qui a jeté mon propre père dans de si grands malheurs, qui l'a conduit prématurément au tombeau et peut-être à une éternité de souffrances; mais, sire, tout cela est arrivé pour votre salut!»

Et la reine écoutait, toute consternée, ce discours plein d'horreur, ce mystère confus du meurtre de son époux, cette trahison, ce trésor et tout ce qu'il avait dit: «Songez-y bien, Reineke, s'écria-t-elle, je vous exhorte sérieusement; le grand pèlerinage est devant vous; soulagez votre âme par le repentir; dites toute la vérité et parlez clairement de ce meurtre.»

Et le roi ajouta: «Que chacun fasse silence: que Reineke descende et vienne près de moi, pour que je l'entende, car l'affaire me concerne personnellement.»

Reineke, en l'entendant, se sentit renaître à l'espérance; il descendit de l'échelle, au grand désappointement de ses ennemis; il s'approcha aussitôt du roi et de la reine, qui l'interrogèrent avidement sur les détails de cette histoire.

Alors il se prépara à de nouveaux et plus énormes mensonges.