Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/121

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L'Hydre écaillée à l'oeil glauque
Se roule sur le flot rauque
Sans frein ni mors ;
La tempête maniaque
Remue au fond du cloaque
Les os des morts.
La mer chante un chant barbare.
Les marins sont à la barre,
Tout ruisselants ;
L'éclair sur les promontoires
Éblouit les vagues noires
De ses yeux blancs.

Les marins qui sont au large
Jettent tout ce qui les charge,
Canons, ballots ;
Mais le flot gronde et blasphème :
Ce que je veux, c'est vous-même,
O matelots !

Le ciel et la mer font rage.
C'est la saison, c'est l'orage,
C'est le climat.
L'ombre aveugle le pilote.
La voile en haillons grelotte
Au bout du mât.

Tout se plaint, l'ancre à la proue,
La vergue au câble, la roue
Au cabestan.
On croit voir dans l'eau qui gronde,
Comme un mont roulant sous l'onde,
Léviathan.