Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/156

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Là, rien ne s'interrompt, rien ne finit'd'éclore;
Le rosier respiré par Eve embaume encore
Nos deuils et nos amours; -
Et la pervenche est plus éternelle que Rome;
Car ce qui dure peu, monts-et forêts, c'est l'homme;
Les fleurs durent toujours.
La Pyramide après trois mille ans est ,ridée,
Le lys n'a pas un pli. -Ni la fleur, ni l'idée,
Ni le vrai, ni le beau,
N'expirent; Dieu refait sans cesse leur jeunesse;
La mort c'est l'aube, et c'est afin que tout renaisse
Que Dieu fit le tombeau.

Ô splendeur! ô douceur! l'étendue infinie
Est un balancement d'amour et d'harmonie;
 
Contemplons à genoux;
Une voix sort du ciel et dans nos fibres passe;
De là nos chants profonds; le rythme est dans l'espace
Et la lyre est en nous.
Venez, tous mes enfants, tous mes amis! les plaines,
Les lacs, les bois n'ont point de perfides haleines
Et de haineux reflux;
Venez; soyons un groupe errant dans la prairie,
Qui va dans l'ombre avec des mots de rêverie
Et ne sait même plus,

Tant il sent vivre en lui la nature immortelle,
Si la Chambre a quitté Pantin pour Bagatelle,
Versailles pour Saint-Cloud,
Et si le pape enfin daigne rougir la jupe
Du prêtre dont le nom commence comme dupe
Et finit comme loup.

27 mai 1875. == XLIV