Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/239

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N’est pas, pour les bons abattus,
Pour les justes sur qui tout pèse,
Pour les martyrs dans la fournaise,
Pour l’esprit croyant et créant,
Pour l’âme espérant sa patrie,
L’épouvantable moquerie
Du tombeau, qui sait le néant ?

Non ! il ne se peut, ô nature,
Que tu sois sur l’homme au cachot,
Sur l’esprit, sur la créature,
De la haine tombant -d’en haut !

Il ne se peut pas que ces forces
Mêlent à tous leurs noirs divorces
L’homme, atome en leurs poings tordu,
Lui montrent l’horreur souveraine,
Et fassent, sans qu’il les comprenne,
Des menaces à l’éperdu !

Il ne se peut que l’édifice
Soit fait d’ombre et de surdité ;
Il ne se peut que sacrifice,
Héroïsme, effort, volonté,
Il ne se peut que la sagesse,
Que l’aube, éternelle largesse,
La rose qui s’épanouit,
Le droit, la raison, la justice,
Tout, la foi, l’amour, aboutisse
Au ricanement de la nuit !

Il ne se peut pas que j’invente
Ce que Dieu n’aurait pas créé !
Quoi ! pas de but ! quoi ! l’épouvante !
Le vide ! le tombeau troué !