Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/240

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Non ! l’être ébauché, Dieu l’achève !
Il ne se peut pas que mon rêve
Ait plus d’azur que le ciel bleu,
Que l’infini soit un repaire,
Que je sois meilleur que le Père,
Que l’homme soit plus grand que Dieu !

Quoi ! je le supposerais juste
Ce Dieu qui serait malfaisant !
C’est moi qui serais l’être auguste,
Et ce serait lui l’impuissant !
L’homme aurait trouvé dans son âme
L’amour, le paradis, la flamme,
La lumière sur la hauteur,
Le bonheur incommensurable...
Dieu ne serait qu’un misérable,
L’homme serait le créateur !

Oui, comme après tout, c’est un songe
Qu’un monde formé de néant,
Qui fit le mal fit le mensonge ;
C’est moi qui reste le géant !
Que ce Dieu vienne et se mesure !
Qu’il sorte donc de sa masure !
Il fit le mal, j’ai cru le bien ;
J’ai contre lui, si je me lève,
Toute la gloire de mon rêve,
Toute l’abjection du sien !
Non ! non ! la fleur. qui vient d’éclore
Me démontre le firmament.
Il ne se peut pas que l’aurore
Sourie à l’homme faussement,
Et que, dans la tombe profonde,
L’âme ait droit de. dire à ce monde
D’où l’espoir toujours est sorti,