Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/288

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LXIX Des sages ?


 Des sages ?
En veux-tu voir, songeur ? Vois ces frais, écoliers
Qui s’échappent des bancs et courent aux halliers,
Et vont aux champs, légers, libres, de jeunesse ivres,
Poussant des cris, cueillant des fleurs, jetant les livres,
Et qui se laissent vivre et de joie inonder,
Et s’emplissent l’esprit de jour, sans demander
A l’aurore des cieux comment elle s’appelle !
Vois ces deux amoureux qui cherchent la chapelle
De l’azur, des taillis profonds, des bruits d’oiseaux,
Et qui laissent leur coeur fuir, avec les ruisseaux,
Jaser avec les nids, avec le soleil luire,
Sans vouloir, sans tenter, sans creuser, sans construire
Autre chose qu’un rêve ineffable et réel !
Ils s’inquiètent peu de l’inutile ciel ;
Ils n’en ont pas besoin puisqu’ils disent : je t’aime !
Qu’en feraient-ils ; étant le paradis eux-même ?
Ils portent l’un et l’autre un songe sur leur front ;
Ils sont heureux ; pour aube et pour azur ils ont,

Lui, qu’elle soit si belle, elle, qu’il soit si tendre !
Le rossignol suspend son chant pour les entendre.
Ils vont, doux insensés du coeur, couple enivré
De la voix amoureuse et du regard sacré ;
Ils vont, ils sont ! La main par la main est pressée ;
Ils vivent lèvre à lèvre et pensée à pensée ;
Si bien que tout leur être est un frisson joyeux,
Et que, près des rayons que prodiguent leurs yeux,
Le matin est avare et l’astre est économe ;
Et que la jeune fille aime, et que le jeune homme