Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/137

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INTRODUCTION.



De l’excellence de la science historique; établissement des principes qui doivent lui servir de règles ; aperçu des erreurs et des méprises auxquelles les historiens sont exposés; indication de quelques-unes des causes qui produisent des erreurs[1].


L’histoire est une science qui se distingue par la noblesse de son objet, sa grande utilité et l’importance de ses résultats. C’est elle qui nous fait connaître les mœurs des peuples anciens, les actes des prophètes et l’administration des rois. Aussi[2] ceux qui cherchent à s’instruire dans le maniement des affaires spirituelles et temporelles trouvent dans l’histoire des leçons de conduite; mais, pour y parvenir, ils doivent mettre en œuvre des secours de diverse nature et des connaissances très-variées. Ce n’est que par un examen attentif et une application soutenue qu’ils pourront découvrir la vérité et se garder contre les erreurs et les méprises. En effet, si l’on se contente[3] de reproduire les récits transmis par la voie de la tradition, sans consulter les règles fournies par l’expérience, les principes fondamentaux de l’art de gouverner, la nature même de la civilisation et les circonstances qui caractérisent la société humaine; si l’on ne juge pas de ce qui est loin par ce qu’on a sous les yeux, si P. 9.l’on ne compare pas le passé avec le présent, l’on ne pourra guère éviter de s’égarer, de tomber dans des erreurs et de s’écarter de la voie de la vérité. Il est souvent arrivé que les historiens, les commentateurs et les hommes les plus versés dans la connaissance des traditions historiques, ont commis de graves méprises en racontant les événements du passé ; et cela parce qu’ils se sont bornés à rapporter indistinctement toute espèce de récits[4], sans les contrôler par les prin-

  1. M. de Sacy a publié plusieurs extraits de ce chapitre, avec une traduction et des notes, dans sa Chrestomathie arabe ; 2e édit. t. 1, p. 370 et suiv.
  2. Pour [texte arabe], lisez [texte arabe].
  3. La bonne leçon est [texte arabe].
  4. Littéral. des récits gras et maigres, c’est-à-dire, qui valent beaucoup ou peu.