Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/141

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ne saurait atteindre un chiffre aussi grand qu’on le dit. Que ce nombre soit de quelques centaines ajoutées à quelques milliers, cela peut être[1]; mais qu’il dépasse de plusieurs dizaines de fois le chiffre que certains historiens ont énoncé, voilà ce qui est difficile à croire. Qu’on veuille juger de cela d’après ce qui est présent, d’après ce qui se passe au vu et au su de tout le monde, on reconnaîtra que cette assertion est fausse et que la tradition est mensongère. Le renseignement fourni par les chroniques des Israélites, savoir, que la garde de Salomon se composait de douze mille fantassins, et que sa cavalerie consistait en quatorze cents chevaux tenus au piquet devant les portes de son palais[2], est le seul qui soit authentique ; quant aux contes populaires, on ne doit y avoir aucun égard. Or le règne de Salomon fut l’époque où l’empire des Juifs était le plus florissant, et où leur territoire avait sa plus grande étendue.

Ce point établi, nous ferons observer P. 12. que la plupart des hommes, lorsqu’ils énumèrent les forces des empires qui existaient à leur époque ou peu auparavant; lorsqu’ils s’étendent sur la grandeur des armées, soit musulmanes, soit chrétiennes; lorsqu’ils parlent des sommes produites par les impôts, des dépenses des souverains, de celles des grands personnages qui vivent dans le luxe, des objets de prix qui se trouvent chez les riches; dans tous ces cas, ils énoncent des nombres qui dépassent toutes les bornes que l’expérience journalière nous fait connaître, et ils suivent aveuglément les suggestions qui proviennent de l’envie de raconter des choses extraordinaires. Si l’on consulte les chefs de l’administration militaire sur le nombre de leurs soldats, si l’on vérifie la position des riches sous le rapport des objets précieux qu’ils possèdent et des avantages dont ils jouissent, si l’on examine les dépenses ordinaires des hommes qui vivent dans le luxe, on trouvera que cela ne va pas à la dixième
  1. Ibn Khaldoun oublie quelquefois la règle qui prescrit de faire suivre le mot [texte arabe] par la particule [texte arabe]. Les auteurs maghrebins font assez souvent cette faute.
  2. Quarante mille chevaux pour les chariots et douze mille chevaux de selle. (Rois, III, c. iv, v. 26, et c. x, v. 26.)