Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/198

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


74 PROLÉGOMÈNES

détails fabuleux et absurdes. On ne peut pas fabriquer un coffre de verre capable de résister à la violence des flots; en second lieu, un roi n'entreprend pas volontairement une tentative aussi périlleuse que celle-ci. S'il s'engageait dans une entreprise pareille, il serait la cause de sa propre perte : le pacte social se briserait et ses sujets se réuniraient autour d'un autre prince, sans lui laisser le temps de revenir de son expédition téméraire. En outre, les génies n'ont pas des formes ni des figures qui leur soient propres, mais ils peu- vent en prendre à leur gré. Lorsqu'on raconte qu'ils ont un grand nombre de têtes, on a pour but, non pas de dire la vérité, mais d'inspirer l'horreur et de l'effroi.

Toutes ces circonstances suffisent à décréditer la narration de P. Sg. Masoudi; mais il y a un fait qui démontre, d'une manière encore plus évidente, l'absurdité et l'impossibilité physique de ce qu'il raconte. L'homme qui plongerait sous l'eau, fût-il enfermé dans un coffre, sentirait bientôt une grande gène dans la respiration naturelle, à cause de la rareté de l'air, et son haleine ne tarderait pas à s'échauffer. Privé de l'air froid, qui maintient l'équilibre entre le poumon et les esprits cordiaux \ il mourrait sur-le-champ. Telle est la cause qui amène la mort des personnes enfermées dans une salle de bains dont on a bouché les soupiraux afin d'exclure l'air froid. Cela est encore la cause qui fait périr ceux qui se font descendre dans des puits ou des souterrains d'une grande profondeur; l'air y est échauffé par des miasmes, et les vents ne peuvent pas y pénétrer pour dissiper ces émanations; aussi celui qui y descend meurt instantanément. De là vient que le poisson cesse de vivre lorsqu'il est hors de la mer; l'air ne lui suffit pas pour maintenir l'équilibre dans son poumon, dont l'extrême chaleur a besoin d'être tempérée par la fraîcheur de l'eau. L'atmosphère dans laquelle on le fait entrer étant chaude, il en résulte que la chaleur l'emporte sur les esprits animaux, et que le poisson meurt subitement. On explique de la même manière la mort des personnes qui sont frappées de la foudre. ' Lidéralcaient, « l'esprit du cœur. »

�� �