Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/442

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

TROISIÈME SECTION.

sur les dynasties, la royauté, le khalifat, et l’ordre des dignités dans le sultanat (gouvernement temporel).P. 278. — indication de tout ce qui s’y présente de remarquable. — principes fondamentaux et développements.




On ne peut établir une domination ni fonder une dynastie sans l’appui du peuple et de l’esprit de corps qui l’anime[1].


Dans la première section de ce livre, nous avons posé en principe qu’un peuple ne saurait effectuer des conquêtes ni même se défendre, à moins d’être uni par l’influence d’un fort esprit de corps, de cette sympathie et de ce dévouement qui portent chaque individu à risquer sa vie pour le salut de ses amis. A cela nous pouvons ajouter maintenant d’autres considérations : la dignité de souverain est aussi noble qu’attrayante. Avec elle, on se procure les jouissances mondaines, tout ce qui peut satisfaire les sens et charmer l’esprit. Celui qui la possède est presque toujours un objet d’envie, et il s’en dessaisit rarement, à moins d’y être contraint par la force. La jalousie qu’on lui porte amène des luttes qui aboutissent à la guerre, aux combats et au renversement du trône ; mais rien de cela n’arrive que par l’effet d’un fort esprit de corps. Voilà ce que la grande majorité des individus (soumis à une autorité souveraine) ne saurait comprendre; ils n’y songent même pas[2], parce qu’ils ont oublié de quelle manière leur empire a été fondé et qu’ils ont eu des demeures fixes pendant plusieurs générations. Ils ignorent comment Dieu a fait pour élever la dynastie qui les gouverne; ils voient une souveraineté bien établie, une autorité qui se fait obéir et qui maintient l’ordre dans l’Etat, sans avoir besoin de l’appui que l’esprit de famille et de tribu pourrait lui fournir. Ils ne savent pas comment leur empire prit son origine ; ils n’ont aucune idée des difficultés que leurs ancêtres eurent à sur-
  1. Il faut supprimer [texte arabe].
  2. Pour rendre la construction de la phrase plus régulière, il faut insérer le pronom [texte arabe] entre [texte arabe] et [texte arabe].