Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/53

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situé dans les terrains d’irrigation qui se trouvent dans ie Merdj (ou prairie marécageuse) de Grenade. Le cinquième jour après mon retour, on célébra l’anniversaire de la naissance du Prophète; le soir il y eut des réjouissances publiques par ordre du souverain, et un grand festin, où les poètes récitèrent des vers en sa présence, ainsi que cela se pratiquait à la cour des rois du Maghreb. Je lui récitai dans cette réunion un poëme de ma composition. En l’an 765, il célébra la circoncision de son fils par un festin auquel il invita beaucoup de monde de toutes les parties de l’Espagne, et je lus, dans cette assemblée, une pièce de vers analogue à la circonstance.

Etabli tranquillement dans ce pays, après avoir abandonné l’Afrique, et jouissant de toute la confiance du sultan, je reportai mes pensées vers la contrée lointaine où les événements avaient jeté ma femme et mes enfants, et, sur ma prière, il chargea un de ses gens d’aller les chercher à Constantine. Ma famille se rendit à Tlemcen, d’où elle alla s’embarquer sur un navire que le sultan avait expédié d’Almeria et qui était commandé par le chef de sa flotte. Lors de son arrivée à ce port, j’allai à sa rencontre, avec l’autorisation du prince, et je la conduisis à la capitale, où j’avais une maison disposée pour la recevoir. A cette habitation étaient attachés un jardin, des terres cultivées et tout ce qui était nécessaire à notre subsistance ’.

Mes ennemis secrets et de vils calomniateurs parvinrent, dans la suite, à éveiller les soupçons du vizir en dirigeant son attention sur mon intimité avec le sultan, et sur l’extrême bienveillance que ce prince me témoignait. Bien qu’il jouît d’une haute influence et qu’il exerçât la plus grande autorité dans l’administration de l’Etat, le vizir ne sut pas écarter de son cœur un sentiment de jalousie dont j’ai pu m’apercevoir à un léger degré de gêne qu’il laissait paraître quand il me voyait. Ce fut dans ces circonstances que je reçus des lettres du sultan Abou Abd-AUah (Mohammed), seigneur de Bougie ^ par lesquelles il m’apprit qu’il avait obtenu possession de cette ville dans

’ Je supprime ici une îetire de compliments adressée par Ibn Khaldoun au vizir Ibn el-Khatîb. — ^ Voyez ci-devant , p. xxxv.