Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/77

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D'IBN KHALDOUN. lxix

sultan de Tunis. Je me présentai à ce prince, qui m'accueillit avec une bonté dont je demeurai confus; il me donna l'autorisation d'en- trer à Constantine, et d'y laisser ma famille sous sa protection pen- dant que j'irais voir le sultan, son père. Yacoub Ibn Ali me fournit une escorte commandée par son frère Abou Dinar.

Le sultan Abou '1-Abbas venait de quitter Tunis avec ses troupes, afin de châtier les cheikhs des villes djeridiennes^ et de les faire rentrer dans le devoir. Ce fut aux environs de Souça que nous parvînmes à le rejoindre. Il m'accueillit avec bienveillance et daigna me consulter sur des aflaires très-importantes. Ensuite il me renvoya à Tunis , où Fareh, son affranchi et lieutenant, avait l'ordre de me témoigner tous les égards possibles et de me fournir un logement, un traitement et des rations pour mes chevaux. J'arrivai à Tunis au mois de châban de la même année (nov. déc. 1878 de J. C), et, m'y étant installé sous la protection du sultan, je jetai le bâton de voyage. Ma famille étant venue m'y rejoindre, nous nous trouvâmes enfin réunis dans le champ de bonheur que ce prince nous avait ouvert.

L'absence du sultan se prolongea jusqu'à ce qu'il eût réduit les villes du Djerîd et brisé les forces des insurgés. Yahya Ibn Yemloul ^, le chef principal de la révolte, se réfugia à Biskera, chez son beau-frère* Ibn Mozni , et le sultan distribua à ses propres fils les villes qu'il avait soumises. El-Montecer obtint les cantons de Nefta et de Nefzaoua, avec Touzer comme siège du commandement; son frère, Abou Bekr, s'établit à Gafsa\ Le sultan, étant rentré à Tunis, me témoigna beau- coup de considération et m'admit, non-seulement à ses audiences, mais à des entretiens particuliers.

Les courtisans virent avec jalousie ces marques de confiance et travaillèrent à me perdre dans l'esprit du prince; mais, trouvant que

' Toutes les villes du Belad el-Djerîd des Berbers, je l'ai écrit Yemloul; mais je

( voyez ci-après , p. 1 76, noie 1 ) avaient pro- crois maintenant que nous devons pronon-

lité des troubles qui régnaient dans l'em- cer Imloul, mot qui signifie « blanc » ou

pire hafside pour se rendre indépendantes. « !e blanc » en langue berbère.

" La prononciation du nom JyU^ est ' Voy. Hist. des Burb. t. III, p. liio.

incertaine, Dans la traduction de rf^M(oire * Voy. ibid. p. gS, g^.

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