Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


I-XXII

PROLÉGOMÈNES

Je me rends en Orient et je remplis les fonctions de cadi au Caire. Le 1er du mois de chouwal, nous arrivâmes au port d'Alexandrie, après une traversée d'environ quarante jours. Huit jours auparavant, El-Melek ed-Dhaher (Barcouc) avait enlevé le trône à la famille de ses anciens maîtres, les descendants de Calaoun. Cela ne nous étonna nullement, car le bruit de son ambition s'était répandu jusqu'aux pays les plus éloignés. Je passai un mois à Alexandrie dans les préparatifs pour le pèlerinage; mais des circonstances m'ayant empêché, cette année-ci, de me mettre en route, je me rendis au Caire.

Le 1er du mois de dou '1-hiddja (5 février 1383) j'entrai dans la métropole de l'univers, le jardin du monde, la fourmilière de l'espèce humaine, le portique de l'islamisme, le trône de la royauté, ville embellie de châteaux et de palais, ornée de couvents de derviches et de collèges, éclairée par des lunes et des étoiles d'érudition. Sur chaque bord du Nil s'étendait un paradis; le courant de ses eaux remplaçait, pour les habitants, les eaux du ciel, pendant que les fruits et les biens de la terre leur offraient des salutations. Je traversai les rues de cette capitale, encombrées par la foule, et ses marchés, qui regorgeaient de toutes les délices de la vie.

Nous ne pûmes discontinuer de parler d'une ville qui déployait tant de ressources et fournissait tant de preuves de la civilisation la plus avancée. J'avais autrefois demandé à mes maîtres et à mes condisciples, lorsqu'ils revenaient du pèlerinage, ce qu'ils pensaient du Caire ; j'avais aussi interrogé les négociants, et leurs réponses, quoique différentes parla forme, s'accordaient par le fond. Ainsi mon professeur, El-Maccari, grand cadi de Fez et chef du corps des uléma, me dit : « Celui qui n'a pas vu le Caire n'a pas connu la grandeur de l'islamisme. » Notre maître, Ahmed Ibn Idrîs, chef des uléma de Bougie, à qui je fis la même question, me répondit que les habitants étaient hors de compte, indiquant, en même temps, par ces mots, que leur nombre était incalculable, et que le bonheur dont ils jouissaient les empêchait de tenir aucun compte de l'avenir. Je citerai encore la