Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/553

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lonel de son régiment[1] ? Tout surpris et intimidé qu’il était, il est manifeste qu’il n’en fît pas d’autre[2], qu’il confirma son rapport officiel qui ne mentionne aucun incident. L’auditoire était moins complaisant ; il s’excusa, pataugea.

Enfin, pressé de questions, il répéta ce que Dreyfus lui avait conté de la visite de Du Paty dans la prison, et du bordereau, trouvé dans un chiffonnier de l’ambassade d’Allemagne.

Ni Mercier ni Lebrun-Renaud ne connaissaient encore l’article du Figaro ; dès lors, il n’en fut pas question[3]. Aucun des propos de Dreyfus n’avait fait à Lebrun-Renaud l’impression d’un aveu. Il en conviendra lui-même[4], et le silence de son rapport le proclame. S’il avait pris les phrases de ce monologue haché pour des aveux, comment Mercier ne les aurait-il pas fait recueillir juridiquement ? Il était si anxieux, il y a sept jours à peine, quand il envoyait Du Paty au Cherche-Midi, « de savoir ce qui avait été livré par Dreyfus[5] » ! Pour le savoir, il promettait d’atténuer la peine du traître. Comment cette inquiétude patriotique s’est-elle

  1. Cass., I, 284, Risbourg. — Voir page 537.
  2. Lebrun-Renaud le déclara lui-même, le 12 janvier 1899, à un rédacteur du Soir : « Je fus introduit chez le général Mercier qui ne me parla nullement des aveux, mais de ce que m’avait dit Dreyfus au sujet du bordereau trouvé dans un chiffonnier d’ambassade. De même que le général Mercier, M. Casimir-Perier ne me parla pas des aveux. »
  3. L’entretien, au ministère, eut lieu vers huit heures du matin (Cass., I, 245, Gonse). Lebrun-Renaud fut reçu par Casimir-Perier vers dix heures et demie ; c’est l’heure qu’il indique lui-même (Cass., I, 276), et il ajoute qu’il ignorait encore, quand il se rendit à l’Élysée, l’article du Figaro. (Rennes, III, 75.)
  4. Cass., I, 277, et Rennes, III, 80, Lebrun-Renaud.
  5. Rennes, I, 100, Mercier.