Page:Kempis - De l’Imitation de Jésus-Christ, traduction Brignon, Bruyset, 1718.djvu/375

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Changez-moi tellement le goût, que je trouve de l’amertume dans tous les plaisirs des sens, que toutes les peines de la vie me semblent douces ; que toutes les grandeurs du monde, & generalement toutes les choses creées me paroissent viles & méprisables.

Attirez mon cœur au Ciel, attachez-le fortement à vous, ne le laissez point courir sur terre après mille vains objets.

Faites qu’il ne trouve de douceur qu’en vous, qui êtes ma nourriture, ma consolation, ma joye, mon amour, & tout mon bonheur.

O que je m’estimerois heureux, si par la vertu de ce feu caché sous les especes du pain & du vin, vous m’embrasiez & me transformiez en vous ; de sorte qu’uni à vous par amour, & comme fondu par l’ardeur de cette divine flâme, je ne fusse plus qu’un même esprit avec vous !

Ne permettez pas que je me retire tout sec & tout affamé d’auprès de vous : faites moi sentir les mêmes effets de votre misericorde, que vos Saints ont tant de fois éprouvez d’une maniere si admirable en ce Sacrement.

Qui s’étonneroit qu’en vous recevant je devinsse tout de feu, & que je fondisse de tendresse pour vous, puisque vous êtes vous-même un feu