Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/14

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À la poupe est un ermite dont la barbe blanche descend le long de la poitrine. Il invite le paladin à monter dans la barque : « Mon fils — lui crie-t-il de loin — si tu n’as pas ta propre vie en haine, si tu ne désires pas que la mort t’atteigne, qu’îl te plaise de venir sur l’autre rive, car celle-ci te mène droit à la mort.

« Tu n’iras pas plus de six milles en avant, sans trouver la demeure sanglante où se tient un horrible géant, dont la taille dépasse de huit pieds celle d’un homme. Aucun chevalier, aucun voyageur ne peut espérer s’échapper vivant de ses mains. Le cruel égorge les uns, écorche les autres, déchire la plupart, et parfois les mange tout vifs.

« Il contente ainsi son plaisir cruel au moyen d’un filet admirablement fait et qu’il possède. Il le tend non loin de son antre, et le couche dans la poussière de telle façon que celui qui ne le sait pas d’avance ne peut soupçonner sa présence, tant les mailles en sont fines, et tant il est bien caché. Le géant pousse alors de tels cris contre les voyageurs, qu’il les chasse tout épouvantés dans le filet.

« Et avec un gros rire, il les traîne, ainsi enveloppés, dans sa demeure. Il s’inquiète peu que sa prise soit un chevalier ou une damoiselle, qu’elle soit de grande ou de petite valeur. Une fois qu’il a mangé la chair, sucé la cervelle et le sang, il jette les os dans le désert, et avec les peaux humaines il fait un horrible ornement à l’intérieur de son palais.