Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/299

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À peine Doralice eut-elle levé la tête qu’elle le reconnut, et le montrant à Mandricard, elle dit : « Voici le superbe Rodomont, si mes yeux ne me trompent pas à cette distance. Il descend la montagne pour te livrer bataille. C’est maintenant qu’il te servira d’être vaillant ; il considère comme une grande injure de m’avoir perdue, car j’étais son épouse et il vient pour se venger. »

Comme le vaillant vautour, qui voit de loin venir vers lui un canard, une bécasse, une perdrix, une colombe ou tout autre oiseau semblable, lève la tête et se montre joyeux et satisfait, ainsi Mandricard, comme s’il était certain de faire de Rodomont une boucherie, un carnage, saute joyeux et léger sur son destrier, se raffermit sur ses étriers, et saisit la bride.

Lorsqu’ils sont assez près l’un de l’autre pour pouvoir entendre leurs paroles altières, le roi d’Alger commence à menacer son adversaire des mains et de la tête, criant qu’il le ferait repentir de lui avoir, pour satisfaire un désir téméraire, manqué de respect, à lui qui s’est toujours si largement vengé.

Mandricard lui répond : « En vain tu essaies de m’effrayer par tes menaces. C’est ainsi qu’on épouvante les enfants et les femmes, ou ceux qui ne savent pas ce que c’est qu’une arme, mais non pas moi qui me plais plus à la bataille qu’au repos. Je suis prêt à combattre, à pied ou à cheval, armé ou désarmé, en rase campagne ou en champ clos. »