Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/307

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je ne pouvais pas me trouver à côté d’elle pour tenter l’entreprise ? Mais je rends grâce à Dieu d’être venu encore à temps pour la sauver. »

Et, sans plus tarder, il saisit son épée, car il avait rompu sa lance dans sa lutte à l’autre château, et pousse son destrier au milieu de la foule. Son épée décrit un cercle et ouvre à l’un le front, à l’autre la gorge, à un troisième la joue. La populace fuit en criant ; un grand nombre restent sur place éclopés ou la tête fracassée.

Telle une bande d’oiseaux qui, sur les bords d’un étang, voltigent en sûreté et pourvoient à leur nourriture ; si quelque faucon fond à l’improviste sur eux du haut des airs, et en saisit un dans ses serres, tout le reste s’éparpille en fuyant ; chacun s’inquiète peu de son voisin et ne songe qu’à son propre salut. Ainsi vous auriez vu faire tous ces gens, dès que le brave Roger se fut précipité sur eux.

À quatre ou six, plus lents à fuir que les autres, Roger abat la tête de dessus les épaules. Il en partage autant jusqu’à la poitrine, et un nombre infini jusqu’aux yeux et jusqu’aux dents. Je sais bien qu’ils n’avaient point de casques, mais ils étaient cependant couverts de coiffes en fer luisant ; et quand bien même ils eussent eu des casques, ils n’en auraient pas été moins taillés, ou peu s’en faut.

La force de Roger était bien supérieure à celle qu’on trouve chez les chevaliers de notre époque. Elle surpassait également celle de l’ours, du lion