Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/317

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ment elle en reçut l’hospitalité, et tout ce qui s’était passé jusqu’à son retour au château.

« J’avais beaucoup entendu parler de Fleur d’Épine, et je l’avais déjà vue à Saragosse et en France. Ses beaux yeux et son doux visage avaient grandement excité mes désirs. Mais je n’avais pas cru devoir laisser grandir cette passion naissante, estimant qu’aimer sans espoir est un songe, une folie. Or, mon ancienne flamme, revenant en moi avec violence, se ralluma soudain.

« Amour ourdit lui-même les nœuds dans lesquels je plaçai mon. espoir ; aurait-il pu en être autrement ? Dès qu’il m’eut ressaisi, il m’enseigna la manière dont j’obtiendrais de ma dame ce que je désirais. La fraude était facile à imaginer ; cette ressemblance avec ma sœur, qui en avait trompé tant d’autres, tromperait encore, sans aucun doute, cette jeune donzelle.

« Le ferais-je ou ne le ferais-je pas ? Enfin il me sembla qu’il est toujours bon de chercher à obtenir ce que l’on désire. Je ne fis part de mon intention à qui que ce fût, et ne voulus prendre le conseil de personne. J’allai, la nuit, à l’endroit où ma sœur avait déposé ses armes ; je les pris et, sur son propre cheval, je partis, sans attendre le lever de l’aurore.

« Je partis pendant la nuit, Amour me guidant, pour retrouver la belle Fleur d’Épine, et j’arrivai à sa demeure avant que la lumière du soleil se fût cachée dans l’océan. Ce fut à qui s’en irait, en courant, porter le premier à la reine l’heureuse