Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/84

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que si ce n’était par égard pour vous, je lui appliquerais publiquement le traitement ignominieux que j’ai l’habitude d’appliquer à ses pareils. Je le ferais se souvenir éternellement que j’ai toujours été l’ennemi de la lâcheté. Mais qu’il sache que s’il part impuni, c’est grâce à vous qui l’avez amené ici. »

Celui qui fut un réceptacle de tous les vices répondit : « Puissant seigneur, je ne saurais dire qui il est, car je l’ai trouvé par hasard sur la route d’Antioche. Son air m’avait convaincu qu’il était digne de m’accompagner. Je ne lui ai jamais vu faire d’autre prouesse que celle par laquelle il s’est si tristement signalé aujourd’hui.

« J’en ai été si indigné, qu’il s’en est peu fallu, pour le punir de sa lâcheté, que je ne le misse hors d’état de toucher jamais lance ni épée. Mais j’ai été retenu non par pitié de lui, mais par le respect du lieu où j’étais, et par celui que je dois à Votre Majesté. Cependant, je ne veux pas qu’il puisse se vanter d’avoir été, ne fût-ce qu’un jour ou deux, mon compagnon.

« Il me semble que j’en serais moi-même méprisable, et ce serait un poids éternel qui pèserait sur mon cœur, si, pour la honte du métier des armes, je le voyais s’éloigner de nous impuni. Au lieu de le laisser partir, vous me satisferez en le faisant pendre aux créneaux. Ce sera une œuvre louable et digne de votre Seigneurie, et de nature à servir d’exemple à tous les lâches. »

Origile, sans sourciller, s’empressa d’appuyer les