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Aussi, après sept ou huit ans d’études, sont-ils incapables de lire un ouvrage quelconque. Les dépositions de M. Lavisse et d’autres membres de la commission ont été d’accord sur ce point.

Parmi les étudiants que je connais à la Sorbonne, il est très rare qu’il s’en trouve un capable de lire couramment l’anglais ou l’allemand [1]

§ 3. — LES RÉSULTATS DE L’ENSEIGNEMENT DE LA LITTÉRATURE ET DE L’HISTOIRE.

Mêmes méthodes pour l’enseignement de la littérature et de l’histoire, et par conséquent mêmes résultats. Des dates, des appréciations toutes faites, des subtilités inutiles apprises dans les manuels et destinées à être oubliées le lendemain de l’examen.

Qu’arrive-t-il aujourd’hui ?

On donne aux enfants des appréciations faites par leurs professeurs, on leur fait lire des critiques littéraires rédigées par des auteurs contemporains de talent, il est vrai, mais qui ne sont ni Racine, ni Pascal, ni Corneille, ni Bossuet, ni Lamartine, etc.

Nos élèves sont donc formés avec les œuvres de leurs professeurs ou d’écrivains de second ordre, mais ils ne lisent pas nos grands auteurs de génie, ni les auteurs latins ou grecs.

Quant à leurs compositions françaises, elles sont absolument défectueuses : on leur donne des sujets trop techniques ; et les malheureux enfants cherchent à se rappeler ce qu’on a bien pu leur dire sur tel ou tel sujet [2].

On a remplacé l’étude de la littérature elle-même par l’étude de l’histoire littéraire, en sorte qu’on sait moins ce qu’il y a dans les principales maximes de La Rochefoucauld que la différence qu’il y a entre les éditions successives des Maximes [3].

C’est là ce que les élèves apprennent le mieux, car c’est ce que savent le mieux leurs professeurs, les

  1. Enquête, t. I, p. 44, Lavisse, professeur à la Sorbonne.
  2. Enquête, t. II, p. 231, Orain, professeur à l’École de Blois.
  3. Enquête, t. II, p. 172, René Doumic, professeur à Stanislas.