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NOËLS ANCIENS

IV.


1649 ! Millésime célèbre par la mort du plus grand des martyrs de la Nouvelle-France, Jean de Brébeuf !

Le lecteur s’étonnerait, à bon droit, de voir surgir ainsi sans aucun à propos de sujet, le nom de l’illustre jésuite au cours d’une semblable étude, si je ne lui disais pas qu’on attribue au glorieux missionnaire la paternité d’un noël huron — Ies8s AHATONNIA — Jésus est né ! — [1]. Les paroles en sont consignées dans un précieux manuscrit du Père jésuite Étienne-Thomas Girault de Villeneuve, (1747-1794) missionnaire chez les Hurons de la Jeune Lorette. C’est une simple mélodie, à deux temps, d’une forme trop régulière pour n’être pas absolument française.[2] Elle appartient au mode mineur, ou, plus exactement, au premier mode plagal de la tonalité grégorienne. La voici :

  1. D’autres connaisseurs prétendent que le Père Ragueneau en est l’auteur. — Brébeuf et Ragueneau étaient d’égale force en linguistique.
  2. Les sauvages du Canada n’avaient pour seuls instruments de musique que le tambour et la chichigouanne, « espèce de tambour, de la grandeur d’un tambour de basque, et composé d’un cercle large de trois ou quatre doigts et de deux peaux rapidement étendues de part et d’autre, dans quoi sont des grains de blé d’Inde ou des petits cailloux pour faire plus de bruit. Le diamètre des plus grands tambours est de deux palmes ou environ ; ils les nomment, en montagnais, chichigouanne. Ils ne les battent pas comme on fait en deçà (c’est-à-dire : en Europe) mais ils les tournent et remuent pour faire bruire les cailloux qui sont dedans et en frappent la terre tantôt du bord, tantôt quasi du plat pendant que tout le monde danse. » — Sagard : Histoire du Canada, page 474 — Paris, 1636.

    Les Sauvages du Canada n’avaient aucun soupçon de la mélodie. Ils possédaient cependant pour la musique une oreille et une mémoire merveilleuses. Les missionnaires, utilisant ces dons naturels, en profitèrent pour leur enseigner leurs prières qu’ils apprenaient en chantant.