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NOËLS ANCIENS

Touché de ces souvenirs et convaincu, mieux que personne, de la puissance émotionnelle des chants religieux populaires sur l’âme impressionnable de la jeunesse et de sa longue influence sur tous les âges de la vie, l’abbé Perrault conçut l’idée de réunir et d’agencer en un tissu harmonique toutes les mélodies familières et connues que les plus vieux recueils de noëls, en usage dans le pays, pouvaient lui procurer. Il en réunit au delà de trente qu’il a toutes employées. Ce n’est pas qu’il eût besoin d’autant d’éléments divers, car il n’est pas de mélodie si simple qui ne soit susceptible d’un développement indéfini. Ce premier motif de la Messe impériale d’Haydn, une simple intonation de quelques notes formant à peine deux mesures et incessamment répétées, n’en offre-t-il pas un saisissant exemple ? Mais l’abbé Perrault aima mieux que son œuvre fut un répertoire complet de tous les noëls chantés au Canada français entre les années 1859 et 1865.

J’écris avec intention « entre les années 1859 et 1865, » car la Messe de Noël — Deo Infanti — à l’origine (1859) ne se composait que du Kyrie, du Gloria, du Sanctus et de l’Agnus Dei. Six ans plus tard seulement (1865), et sur les instances les plus vives de ses admirateurs et de ses amis, l’abbé Perrault écrivit le Credo et un Magnificat. Il lui fallut donc consulter de nouveau ses vieux recueils, ses bibles et travailler à toute vapeur, car la fête de Noël approchait. Choix et disposition des airs, partition vocale, accompagnements d’orgue et d’orchestre, répétitions, mise en train, tout cela fut l’affaire de trois semaines. Et le 25 décembre 1865, toute l’œuvre, j’entends l’œuvre capitale de Perrault, était donnée à Notre-Dame de Montréal. Bien que composés avec beaucoup plus de hâte que les autres parties de la messe, le Credo et ce Magnificat « n’en sont pas moins riches d’effets.» Telle est l’opinion de l’abbé Barbarin, l’ami trop intime de Messire Perrault pour n’en être pas aussi le trop indulgent critique. Car d’autres musiciens autorisés ont eu raison d’écrire que cette précipitation excessive, apportée dans l’exécution d’un travail de ce genre, compromit