Page:Noailles - Les Vivants et les Morts, 1913.djvu/319

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— Ah ! quand j’étais si jeune et que j’aimais les heures
Par besoin d’épuiser mon courage infini,
Je songeais en tremblant à la sombre demeure
Qu’on creuse dans le sol granuleux et bruni ;

Mais rien n’irritera l’épave solitaire ;
La peur est aux vivants, mais les morts sont exclus.
Quoi ! rien n’est donc pour eux ? Quoi ! pas même la terre
Ne se fera connaître à leurs sens révolus ?

Rien ! voilà donc ton sort, âme altière et régnante ;
Voilà ton sort, cœur ivre et brûlant de désir ;
Regard ! voilà ton sort. Douleur retentissante,
Voilà votre tonnerre et votre long loisir !

Rien ! oui, j’ai bien compris, mon esprit s’agenouille ;
Je jette mon amour sur cette humanité
Qui, toujours encerclée et prise par la rouille,
Transmet l’ardent flambeau de son inanité…

Ainsi, je sais, je sais ! Accordez-moi la grâce
De souffrir à l’écart, de laisser à mon cœur
Le temps de regarder les univers en face
Et de ne pas faiblir de honte et de stupeur :