Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/333

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
305
les métamorphoses

les portes s’ouvrent d’elles-mêmes, dit-on : d’elles-mêmes et sans être détachées, les chaînes tombent de ses mains. Le fils d’Échion persiste : il n’ordonne plus d’aller, il court lui-même sur le Cithéron, qui, choisi pour la célébration des mystères, retentissait des cris perçants des bacchantes. Tel qu’un ardent coursier, lorsque l’airain sonore de la trompette guerrière a donné le signal, frémit et respire le feu des combats ; tel s’irrite Penthée au bruit des hurlements qui frappent au loin les airs, et les cris qu’il entend rallument sa fureur.

Vers le milieu de la montagne est une plaine qu’entoure une forêt, mais dont l’enceinte nue et sans arbres s’offre libre à l’œil qui la contemple. C’est là que Penthée porte un regard profane sur les mystères ; Agavé est la première qui l’aperçoit, et, la première transportée de fureur, elle lui lance son thyrse et porte à son fils les premiers coups : « Io ! s’écrie-t-elle, accourez, mes sœurs : ce monstrueux sanglier qui erre dans nos campagnes, c’est moi qui veux le frapper ». La troupe entière se jette avec fureur sur Penthée : toutes ensemble elles réunissent leurs coups contre lui seul, elles le poursuivent ensemble. Déjà tremblant, déjà moins emporté dans son langage, il se condamne, il s’avoue coupable. Blessé, il s’écrie : « Venez à mon secours, Autonoé, vous, la sœur de ma mère : laissez-vous fléchir par l’ombre d’Actéon ». Elle ne se souvient plus d’Actéon, et déchire la main de celui qui l’implore, l’autre est arrachée par Ino. L’infortuné n’a plus de bras qu’il puisse élever vers sa mère, mais lui montrant son corps sanglant et mutilé : « Regarde, ô ma mère ! » dit-il. Agavé jette sur lui les yeux, pousse des hurlements affreux, et secoue sa tête et ses cheveux abandonnés aux vents : Elle arrache la tête de son fils, et, la prenant dans ses mains ensanglantées, elle s’écrie : « Io ! mes compagnes, cette victoire est mon ouvrage ! » Les feuilles, effleurées par le vent froid de l’automne et qui tiennent à peine à la cime des arbres, ne sont pas plus vite emportées qu’on ne voit tomber en lambeaux les membres de Penthée sous les coups impies des bacchantes. Instruites par cet exemple, les Thébaines célèbrent les mystères du nouveau dieu, lui offrent l’encens et révèrent les autels qui lui sont consacrés.