Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/103

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plongeait pas dans la fange des souillures terrestres. Je me disais aussi à chaque pas : « Si je n’ai pas craint d’endurer tant de sueurs et de fatigues pour que mon corps fût un peu plus rapproché du ciel, quel gibet, quelle prison, quel chevalet devraient effrayer mon âme se rapprochant de Dieu et foulant aux pieds la pointe boursouflée de l’orgueil et les destinées humaines ? » Et encore : « À combien peu arrivera-t-il de ne pas s’écarter de ce sentier, soit par la crainte des souffrances, soit par le désir des voluptés ? Oh ! trop heureux celui-là s’il existe quelque part ! C’est de lui, j’imagine, que le poète a dit : Heureux qui a pu connaître les principes des choses et qui a mis sous ses pieds la crainte de la mort, l’inexorable destin et le bruit de l’avare Achéron[1]. Oh ! avec quel zèle nous devrions faire en sorte d’avoir sous nos pieds non les hauteurs de la terre mais les appétits que soulèvent les impulsions terrestres ! »

Parmi ces mouvements d’un cœur agité, ne m’apercevant pas de l’âpreté du chemin, je revins à la nuit close à l’hôtellerie rustique d’où j’étais parti avant le jour. Un clair de lune secondait

  1. Virgile, Géorgiques, II, 490-491.