Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/11

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pressement, comme dans un port après la tempête.

Songez que de fois la nuit obscure m’a surpris seul au loin, dans la campagne ! Que de fois, pendant l’été, je me suis levé au milieu de la nuit et, après avoir récité les matines, pour ne pas déranger mes serviteurs endormis, je suis sorti seul, surtout au clair de lune, tantôt dans les champs, tantôt sur les montagnes ! Que de fois, à cette heure-là, je suis entré, sans être accompagné, avec un plaisir mêlé d’épouvante, dans cette affreuse caverne de la fontaine où l’on frissonne d’entrer en plein jour, même accompagné ! Si l’on veut savoir d’où me venait tant de hardiesse, je n’ai pas peur des fantômes et des revenants, on n’avait jamais vu de loup dans cette vallée, il n’y avait rien à craindre des hommes. Des bouviers passaient la nuit dans les prés, et des pêcheurs sur la rivière ; ceux-là chantaient, ceux-ci se taisaient ; les uns et les autres me faisaient la cour à qui mieux mieux et me témoignaient à toute heure toutes sortes d’égards. Ils savaient que le seigneur de l’endroit et le leur[1] était pour moi non seulement un

  1. Philippe de Cabassole, évêque de Cavaillon.