Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/91

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Au jour fixé, nous quittâmes la maison et nous arrivâmes le soir à Malaucène, lieu situé au pied de la montagne, du côté du nord. Nous y restâmes une journée et aujourd’hui enfin nous avons fait l’ascension sur la montagne avec nos deux domestiques, non sans de grandes difficultés, car c’est une masse de terre rocheuse taillée à pic et presque inaccessible. Mais le poète a dit avec raison : Un travail opiniâtre vient à bout de tout[1]. Longue journée, temps superbe, vigueur de l’âme, force et adresse du corps, tout favorisait nos pas. Seule la nature des lieux nous faisait obstacle. Nous trouvâmes dans une gorge de la montagne un pâtre d’un âge avancé qui s’efforça, par un long discours, de nous détourner de cette ascension. Il nous dit que cinquante ans auparavant, animé de la même ardeur juvénile, il avait grimpé jusqu’au sommet, mais qu’il n’avait rapporté de là que du repentir et de la fatigue, le corps et les vêtements déchirés par les pierres et les ronces. Il ajoutait que jamais, ni avant ni depuis cette époque, on n’avait ouï-dire parmi eux que personne eût osé en faire autant. Pendant qu’il disait cela d’une voix forte, comme

  1. Virgile, Géorgiques, I, 145.