Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/695

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Mais qu’il demeure établi pour nous que Dieu nous a donné la vue, afin qu’en examinant dans le ciel les cercles de l’intelligence éternelle, nous apprenions à conduire ceux de notre esprit, qui, malgré le désordre de leurs mouvements, [47c] sont de même nature que ces autres cercles bien ordonnés, et qu’instruits par ce spectacle à donner à nos pensées la direction la plus régulière que comporte notre nature, à l’image des cercles divins qui ne s’écartent point de leur route, nous réglions ceux qui s’en écartent en nous.

Il en faut dire autant de la voix et de l’ouïe : Dieu nous les a données pour les mêmes motifs ; car la parole a été destinée au même but que la vue ; elle y concourt pour une grande part ; et c’est à cause de l’harmonie que l’ouïe a reçu la faculté de saisir [47d] les sons musicaux. Quand on cultive avec intelligence le commerce des Muses, l’harmonie, dont les mouvements sont semblables à ceux de notre âme, ne paraît pas destinée à servir, comme elle le fait maintenant, à de frivoles plaisirs[1] ; les Muses nous l’ont donnée pour nous aider à régler sur elle et soumettre à ses lois les mouvements désordonnés de notre âme, comme elles nous ont donné le rhythme [47e] pour réformer les manières dépourvues de mesure et de grâce de la plupart des hommes.

  1. République, VII.