Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/10

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HISTOIRE DU CANADA

deux provinces, entre les mains des Anglais, qui eût osé prédire qu’il suffirait du saint enthousiasme d’une fille du peuple pour délivrer le royaume, couronner le roi à Reims et renvoyer l’Anglais dans son île ? Et lorsque le roi Henri bataillait, à la tête de sa petite troupe de Huguenots fidèles, contre la Ligue formidable, maîtresse de Paris, soutenue par toutes les grandes villes du royaume, appuyée de tout le clergé de France et par surcroît des forces espagnoles alors si redoutables, qui aurait prévu non seulement qu’Henri IV tiendrait bientôt tout son royaume uni sous sa loi, mais que la France verrait, sous son trop court règne, ses finances rétablies, sa marine relevée, son agriculture encouragée, son commerce florissant, ses armées en mesure d’affronter l’Espagne et l’Autriche coalisées ? Enfin, quand toute l’Europe monarchique, au lever de la Révolution, prenait les armes contre la France, qui se fût aventuré à prédire que les bandes mal équipées, rassemblées à la hâte par l’Assemblée et la Convention législatives, battraient à Valmy les vieilles troupes du duc de Brunswick, résisteraient à quatorze armées et commenceraient cette étonnante Iliade qui devait conduire les soldats français dans toutes les capitales de l’Europe ?

Tous ces souvenirs nous disent d’espérer. C’est ce que nous dit aussi le tableau que nous avons esquissé des progrès faits chez nous durant les douze années qui viennent de s’écouler. La France, relevée de son oreiller de misère, a pu reprendre sa tâche quotidienne. Qu’elle la continue avec persévérance, sans forfanterie comme sans faiblesse ; qu’elle encourage tous ses enfants, agriculteurs, artisans, commerçants, colons, voyageurs, missionnaires, instituteurs, savants, marins, soldats, chacun dans la carrière qui s’ouvre devant lui, à déployer une activité suivie et opiniâtre pour étendre le lot des conquêtes communes et fortifier le faisceau national. Que la France offre le spectacle d’une grande ruche ordonnée et laborieuse où, suivant la devise du peuple suisse,