Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/121

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nouveaux colons et des secours pour la colonie, une tempête l’avait jeté, plus mort que vif, sur les côtes du Portugal, et ce n’est qu’en 1670, qu’il avait pu rentrer à Québec. Des démêlés parfois assez vifs avec M. de Courcelles, d’autres contrariétés encore et surtout le peu de succès qu’obtenaient ses incessantes réclamations auprès de la métropole lui firent souhaiter de passer à d’autres mains l’administration de la colonie. Il partit donc lui-même aussitôt après l’arrivée du nouveau gouverneur, M. de Frontenac (automne 1672). Son départ excita de vifs regrets au Canada : « M. Talon nous quitte, écrivait la Mère de l’Incarnation, et retourne en France au grand regret de tout le monde et à la perte de tout le Canada, car depuis qu’il est ici en qualité d’intendant, le pays s’est plus fait et les affaires ont plus avancé qu’elles n’avoient fait depuis que les Français y habitent[1]. » La population, sous son administration, s’était assez sensiblement accrue. Talon rapporte, dans ses lettres, qu’elle était, en 1666, de 3,418 habitants ; en 1667, de 4,313; en 1668, de 5,870. Que ne fût pas devenue la colonie si, de trois en trois ans, cette progression s’était maintenue ! Mais Colbert craignait de « dépeupler la France. » Hélas ! Louis XIV la dépeuplait bien plus avec ses guerres continuelles et surtout avec ses édits draconiens contre les protestants !

Le successeur de M. de Courcelles, Louis de Buade, comte de Frontenac, était une personnalité vigoureuse et dominatrice. Petit-fils d’un des compagnons des

  1. Lettres historiques de la Mère de l’Incarnation.