Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/153

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sèrent à terre leur artillerie : cinq canons avec leurs affûts, cent livres de poudre, et cinquante boulets. Les volontaires de Beaupré et de Beauport s’en saisirent et les défendirent contre plusieurs compagnies envoyées de la flotte pour les reprendre. Ces braves étaient de simples cultivateurs conduits par l’un d’eux, le sieur Carré, et à qui s’étaient joints quarante écoliers du séminaire de Saint-Joachim. Ces jeunes gens, tous accoutumés à manier le fusil, s’acquittèrent si bien de leur devoir que M. de Frontenac leur donna une des pièces de canons enlevées aux Anglais : une autre fut remise au sieur Carré et à ses miliciens[1]. Phipps avait perdu, dans cette campagne de huit jours, près de six cents hommes. Dans son retour à Boston, sa flotte fut en outre maltraitée par les éléments : neuf de ses bâtiments se perdirent avec leurs équipages.

On imagine aisément la joie que cette retraite causa à Québec et dans tout le Canada. L’écho s’en répercuta en France ou Louis XIV fit frapper une médaille pour célébrer l’événement. Coïncidant avec la victoire navale de Bévéziers remportée par Tourville sur les flottes anglaise et hollandaise réunies dans la Manche (1690) et qui obligea l’Angleterre à concentrer toutes ses forces en Europe, la délivrance de Québec assurait la sécurité des possessions françaises en Amérique. Une attaque qu’un parti d’Anglais unis aux Iroquois tenta encore contre Montréal, l’année suivante, se termina par un combat dans la prairie de la Madeleine où l’avantage fut encore du côté des nôtres. À partir de ce moment le Canada proprement dit put respirer et pour longtemps.

Toutefois, l’état de guerre durant toujours entre les

  1. Ferland. t. II. p. 227.