Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/154

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deux métropoles, nos colonies passèrent bientôt de la défensive à l’offensive. Peu de jours après la prise de Port-Royal d’Acadie par les Anglais, le sieur Perrot, lieutenant de M. de Menneval, aidé du commissaire de marine Desgouttins, s’était mis à la tête de quelques hommes pour attaquer la petite garnison que les Anglais avaient laissée dans la place et il avait réussi à les en expulser. Dix jours après cet exploit, arriva un navire français, monté par M. de Villebon, successeur de M. de Menneval ; mais ayant constaté l’état de délabrement du misérable fortin de Port-Royal, M. de Villebon se retira au fort de Jemsek, sur le fleuve St-Jean, avec les quelques soldats dont il pouvait disposer ; les colons restèrent seuls dans leurs fermes éparses, prêts à se réfugier dans les bois à la première alerte[1]. Le nouveau gouverneur s’établit donc à Jemsek et, malgré l’extrême médiocrité de ses ressources, il parvint à faire subir d’assez grands dommages aux Anglais, en attirant vers son refuge, dans la rivière Saint-Jean, un certain nombre de corsaires qui firent la course sur les bâtiments de la Nouvelle-Angleterre. Nous connaissons les noms de plusieurs d’entre-eux, tels que Robineau, de Nantes, François Guyon et Pierre Maisonnat, dit Baptiste, le plus redoutable de tous ; ces corsaires allaient de temps à autre se ravitailler à Port-Royal et aux Mines, d’où ils rapportaient aussi des vivres à Villebon, car autour de Jemsek, il n’y avait à vrai dire, ni fermes ni bestiaux ; plusieurs fois même ils recrutèrent des hommes pour leurs équipages dans les familles acadiennes[2].

  1. Rameau. — Ferland.
  2. Ibid.