Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/156

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jours, pillant tout ce qu’il put atteindre, tuant les bestiaux, brûlant les églises et les maisons, mais il ne put saisir qu’un très petit nombre de prisonniers. Il remit alors à la voile et arriva le 18 octobre 1696, devant Jemsek où il débarqua avec 600 hommes. Mais Villebon était sur ses gardes. Il reçut très chaudement l’attaque des Anglais, et ceux-ci furent obligés de se rembarquer le 20 octobre, après avoir eu huit hommes tués et dix-sept blessés, dont cinq officiers. Cette défense avait été utilement secondée par le corsaire Baptiste embossé sous le canon de Jemsek. Aussitôt après le départ de l’ennemi, ce dernier se rendit à Port-Royal afin d’y renouveler les approvisionnements du fort. Quant à Villebon, il répara les dommages qu’avaient causés dans son fort l’artillerie anglaise, et resta désormais sans être inquiété jusqu’à la paix de Ryswick[1].

Mais les conflits de la France et de l’Angleterre avaient encore deux autres théâtres en Amérique. L’île de Terre-Neuve, le territoire de la baie d’Hudson étaient également revendiqués par les deux pays qui y invoquaient concurremment les droits du premier occupant.

À Terre-Neuve, le principal siège des pêcheries françaises était à Plaisance, où les Français avaient fondé un poste, au fond d’une baie de plus de dix-huit lieues de profondeur, défendue par un fort placé sur un rocher de plus de cent pieds de haut. Les Anglais de leur côté occupaient tout le nord-ouest de l’île avec St-Jean pour chef-lieu. Leur commerce dans ces parages s’élevait déjà, au temps où nous sommes arrivés, à 17 millions de francs par année[2] et menaçait de s’étendre en-

  1. Rameau. Une colonie féodale, p. 206.
  2. Garneau.