Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/285

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Or, au moment où nous sommes parvenus, ce noyau se grossit par l’arrivée d’une caravane héroïque, revenue des États-Unis à travers le désert pour retrouver ses foyers. « Parmi les plus courageux et les plus robustes de ces prisonniers qui avaient été emmenés, en 1755, dans la Nouvelle-Angleterre, un certain nombre résolurent, en effet, après la paix de 1763, de profiter de l’apaisement des esprits pour rentrer dans leur chère Acadie. Sans argent, sans autres ressources que leur courage et leur industrie, écrasés par dix ans de servitude, en butte à la malveillance, à l’animosité des populations qui les entouraient, ils retrouvèrent dans l’excès même de leur désespoir, une énergie singulière. Ils partirent, emmenant leurs femmes et leurs enfants. C’est ainsi que 140 à 150 familles alfrontèrent à pied, et presque sans approvisionnements, les périls et la fatigue d’un retour par terre, en remontant les côtes de la baie de Fundy (ancienne baie Française) jusqu’à l’isthme de Shédiac, à travers 150 lieues de forêts et de montagnes complètement inhabitées ; des femmes enceintes faisaient partie de ce misérable convoi, qui accouchèrent en route… Quelques-uns des plus fatigués s’arrêtèrent sur les bords du fleuve Saint-Jean, où ils rencontrèrent plusieurs familles acadiennes qui s’y étaient toujours maintenues ; mais le gros de la troupe dépassa Chipody et Peticodiac, et poussa jusqu’à Memerancouque. Là, ils rencontrèrent de nouveau des familles acadiennes, qui y vivaient sur les débris de leurs anciens héritages ; c’était précisément dans ce canton que s’était établi, en 1700, avec ses tenanciers, Thibaudeau, le meunier de la Prée-Ronde. En ce lieu, on délibéra parmi les émigrés si on ne s’arrêterait point