Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/34

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


appelée encore aujourd’hui « Fort-Royal », dans la Caroline du Sud. il fit édifier dans une île de la côte un fort qu’il appela du nom du roi régnant (Charlesfort), y laissa ses volontaires avec des provisions, puis repartit pour aller chercher en France renforts et ravitaillements. Mais la guerre civile rallumée l’empêcha d’obtenir ces secours, et, son absence se prolongeant fort au-delà du terme fixé, le découragement se mit parmi nos français, qui se voyaient exilés si loin de la mère-patrie et se croyaient oubliés d’elle. Il résolurent de construire eux-mêmes, avec les bois du pays, et quoiqu’ils n’eussent ni voiles, ni agrès, ni ancres, un petit brigantin sur lequel ils pussent se rapatrier. Ils y travaillèrent avec une ardeur extrême, s’improvisant eux-mêmes charpentiers, forgerons, calfats ; la mousse de la forêt prochaine servit à calfater le vaisseau ; l’écorce des pins fournit le goudron ; les chemises et les draps se transformèrent en voiles. Tous les apprêts achevés, le vaisseau prit la mer, emportant tous nos colons, et mit le cap sur la France. Malheureusement, la traversée fut retardée par des accalmies ; les vivres manquèrent ; la cale, mal étanchée, faisait eau de toute part ; une partie des hommes mourut de faim et de fatigue, et l’équipage tout entier eût sans doute péri de même, si un navire anglais ne s’était rencontré d’aventure pour ramener en Europe ces infortunés.

Ainsi l’Amérique, comme autrefois ce jardin des Hespérides que défendaient les dragons, semblait porter malheur aux téméraires assez hardis pour aborder ses rivages. Mais la moindre vertu de Coligny n’était pas cette mâle constance qui aurait pu prendre pour son compte la belle devise de la maison d’Orange :