Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/349

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Américains, des hommes de même sang, de même langue, de même religion et de même mœurs ! »

Les Canadiens français multipliaient leurs réclamations. Ils soutenaient, en se fondant sur l’équité, que la distribution des terres devait se faire entre les cantons ou « townships » en proportion du nombre des habitants de chacun d’eux, et non suivant le caprice des autorités. La querelle vint devant le Parlement de Londres où l’on se tira d’affaire par une distinction judaïque. On reconnut qu’en droit, les Canadiens français pouvaient demander les terres incultes, mais qu’en fait, le traité relatif à la cession de la Nouvelle-France avait abandonné la concession de tout le territoire public au libre arbitre de la couronne d’Angleterre.

Cette sorte de cote mal taillée souleva dans le Bas-Canada des orages que quelques concessions purent bien conjurer un instant, mais qui se reformèrent bientôt après. Au temps où nous sommes arrivés (1815) la question fut à nouveau soulevée à l’occasion des biens des jésuites. Pie VII ayant rétabli l’ordre que son prédécesseur Clément XIV avait supprimé, les Canadiens catholiques demandèrent à grands cris que les biens confisqués en 1774 à cette riche et entreprenante société lui fussent restitués.

Il est intéressant d’ajouter que les mesures prises à ce moment pour renforcer l’élément anglo-saxon au détriment des anciens habitants tournèrent contre le but de leurs auteurs. Les colons anglais et écossais établis dans les districts canadiens se fondirent assez rapidement dans la population environnante et adoptèrent, avant la fin d’une génération, la langue, les mœurs et (par l’effet des mariages mixtes) la religion de leurs