Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/495

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et expier cette erreur de jugement et de conduite. Nous avons vu comment, menacés un moment d’être étouffés sous la poussée de l’immigration anglaise et sous les prétentions exorbitantes de ces immigrés, les Canadiens français ont pourtant triomphé de tous les dangers qui entouraient leur nationalité, ont conquis des droits égaux à ceux de leurs dominateurs, finalement ont maintenu leur prépondérance dans toute la province de Québec et repris un pied important dans toutes les autres provinces qui composent actuellement la Confédération ou Puissance du Canada.

Une question se pose en finissant : Quel est l’avenir de cette nationalité franco-canadienne ? Qu’adviendra-t-il de ces deux millions d’hommes de race et de langue française, dont la moitié se groupe en masse compacte sur les deux rives du Saint-Laurent, dont l’autre moitié est disséminée un peu partout dans toute la partie septentrionale de l’Amérique du Nord, mais avec des centres de groupement importants sur les côtes du golfe Saint-Laurent, dans l’ouest de la province d’Ontario, dans la région du nord-est des États-Unis, enfin dans le Manitoba et les territoires du Nord-Ouest canadien ? Conserveront-ils la vitalité puissante qui les a jusqu’à présent caractérisés et transmettront-ils à leurs descendants le trésor de leur langue, de leur littérature, de leurs traditions, de tout ce qui fait la race, ou bien — cédant à la pression de ce monde anglo-américain auquel ils se trouvent mêlés, et vis-à-vis duquel, pris dans son ensemble, ils ne forment qu’une faible minorité, — perdront-ils peu à peu leurs traits distinctifs, pour se fondre, plus ou moins confusément, dans la masse qui les entoure ? En un mot, continueront-ils