Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/497

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venirs et à revendiquer les droits de leur origine slave. La Pologne, brutalement coupée en trois tronçons, reste toujours la Pologne et aspire à ressouder son unité brisée. Si le rêve du panslavisme se réalise un jour, il aura à réclamer presque jusqu’aux portes de Berlin, dans le haut bassin de la Sprée et dans la forêt de la Lusace, les débris persistants de la nation wende, mais il serait juste en retour qu’il rendît leur indépendance aux Finlandais, aux Esthoniens, aux Lettes, aux Lithuaniens, qui ne sont guère plus russes que les Messins ne sont prussiens. Car, après des siècles et des siècles de conquête et d’administration étrangère, ces races, malgré l’absence pour quelques-unes d’une littérature nationale, malgré l’état d’infériorité sociale de leurs représentants, se maintiennent avec une énergie incroyable, rien n’étant persistant et vivace sur terre comme le sentiment de la nationalité.

Or, si ce sentiment devient de plus en plus le pivot de l’histoire et si, comme nous l’avons vu, des nationalités depuis longtemps vaincues et opprimées se sont réveillées de nos jours avec une telle énergie que la diplomatie européenne — fort peu disposée pourtant, comme on le sait, à prendre le parti des opprimés contre les oppresseurs, — a dû consacrer pourtant leur indépendance politique, il n’est pas probable qu’un peuple qui a désormais, comme c’est le cas des Canadiens français, tous les organes de la vie et qui, sous la suzeraineté purement apparente et nominale de la Grande-Bretagne, jouit d’une indépendance politique très réelle et s’administre à peu près comme il l’entend, — il n’est pas probable, disons mieux : il est impossible que ce peuple, surtout quand il réunit les conditions de force,