Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/499

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d’âmes. De la sorte, — si les proportions dans les tables de population restaient ce qu’elles ont été pendant les cinquante dernières années, — la population de la Nouvelle-France d’Amérique atteindrait ou même dépasserait, à la fin du XXe siècle, la population si malencontreusement stationnaire de la vieille France d’Europe.

Mais une objection s’offre d’elle-même au seuil de ces calculs de démographie comparée. Notre planète n’est pas indéfiniment extensible. Un jour viendra, et ce jour n’est peut-être pas très éloigné, où la terre comptera autant d’habitants qu’elle en peut nourrir. Les espaces autrefois incultes se resserrent ; les landes mêmes et les marécages se peuplent en Europe, les moindres oasis des déserts d’Afrique ont leurs habitants. En Asie, les plaines si incomparablement fertiles de la Chine et de l’Inde ont, dès maintenant, un trop plein de population, et l’on sait que les famines sont presque endémiques dans la vaste péninsule hindoustanique dont l’Angleterre s’est fait une ferme si lucrative. L’Australie et les îles de l’Océanie se sont vues en ce siècle envahies par la race indo-européenne devant laquelle fondent peu à peu, comme la cire au brasier, les races indigènes. Un phénomène semblable s’est produit dans les deux Amériques où la race indienne, de tout temps très clairsemée, n’a pu soutenir la concurrence de la race blanche et s’est presque complètement fondue, dissipée devant elle. L’audax Japeti genus, la race audacieuse de Japhet, qui a pris sa place sur le continent américain ne verra pas non plus s’étendre d’une façon illimitée ce far-west où se portent, de nos jours, les pas pressés des émigrants. Dans