Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/84

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Mais parce que la France n’avait pas su tirer tout le parti possible de cette vaste étendue de territoire, ce n’était pas une raison pour qu’on se désintéressât de son avenir ni pour qu’on abandonnât à l’ambitieuse Angleterre le bénéfice de tant de travaux et de tant de découvertes qui avaient honoré le nom français. Les pêcheries de Terre-Neuve, du Cap-Breton et de l’Acadie occupaient déjà de mille à douze cents navires français. Si le Canada n’avait jusqu’à présent presque rien rapporté à la métropole, n’y avait-il pas dans les vastes prairies de son sol vierge, dans les mines qu’on avait déjà reconnues, dans ses immenses forêts, si propres à la construction des vaisseaux, des trésors et des ressources à l’infini qui n’attendaient, pour donner tous leurs résultats, qu’une colonisation mieux suivie et une exploitation plus active ?

Richelieu le comprit et décida le conseil du roi dans son sens, en invoquant sans doute, outre les raisons que nous venons d’exposer, des considérations tirées de l’honneur de nos armes et des intérêts de la religion catholique. Comme les négociations avec l’Angleterre traînaient en longueur, malgré la justice reconnue de notre cause, le cardinal ministre appuya les raisons de la diplomatie d’arguments plus décisifs ; il fit armer en guerre six grands vaisseaux et quatre petits et les mit sous les ordres du commandeur de Razilly, avec le mandat de les conduire à Québec. Avant que cette flotte eût levé l’ancre, l’Angleterre qui, d’ailleurs, était à la veille de sa grande crise intérieure et en sentait déjà les premiers tressaillements[1], était

  1. Les persécutions contre les Puritains commencèrent en 1630. Les presbytériens d’Écosse signèrent leur Covenant en 1637.