Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/88

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Il concéda à Charles Delatour les anciens postes du cap Sable, au sud de la presqu’île, où il avait autrefois fixé sa résidence, et le bassin du fleuve Saint-Jean (aujourd’hui Nouveau-Brunswick), territoire riche en fourrures, où il s’était porté de préférence dans ces derniers temps, et où il construisit alors, au lieu nommé Jemsek, un fort auquel il donna le nom de fort Delatour. Nicolas Denys, négociant entreprenant et industrieux qui s’était attaché à la fortune de Razilly, reçut en fief les côtes du golfe Saint-Laurent, depuis le détroit de Canceau jusqu’à la baie des Chaleurs. La seigneurie de Port-Royal et de ses alentours était réservée pour un autre des compagnons du commandeur, Charles de Menou, seigneur d’Aulnay, issu d’une des familles les plus nobles du Bas-Berry. Quant à la Hève et à ses dépendances, Razilly se proposait de les donner en fief, sous la suzeraineté du roi de France, à l’ordre de Malte, dont il était un des commandeurs[1]. Sa mort, survenue en 1636, vint malheureusement interrompre ses projets en donnant lieu, entre Charles d’Aulnay et Delatour, qui furent nommés ensemble lieutenants gouverneurs pour l’Acadie (10 février 1638), à des contestations et à des rivalités dont on verra plus loin les fâcheux effets pour la colonie.

En même temps que Razilly se faisait rendre l’Acadie, Émery De Caën reprenait possession du Canada au nom de la France, le 18 juillet 1632. Les colons français restés dans le pays saluèrent avec émotion le rétablissement du pavillon français sur les murs de leur habitation, récemment noircis par un incendie, et

  1. Rameau, Op. cit., p. 73 et 74.