Page:Rabelais ou imitateur - Le Disciple de Pantagruel, éd. Lacroix 1875.djvu/84

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delà la mouffle à fagotter du bon homme Hannot, qui faisoit les fagotz d’espine, en son temps, pour chauffer le four en nostre quartier.

Et la cause pour laquelle je la recogneu fut pource que je l’avoye maintes foys veue en ma jeunesse, et pource aussi qu’elle estoit de cuyr de cerf et estoit longue jusques au coulde. Dés qu’elle me veit, elle me vint accoller et embrasser, la larme aux yeulx, pource qu’il luy souvint de son maistre, lequel elle avoit longtemps servy.

Elle me compta comment elle s’estoit retirée par delà avec ses parens, aprés que son maistre y fut allé de vie à trespas, et me pria fort d’aller boire de son vin en son logis, dont je la remerciay. Elle ne voulut point habandonner ma compagnie, de peur de la perdre.

Il y avoit merveilleuse controverse entre elles pour sçavoir laquelle nation des troys debvoit preferer. Au moyen dequoy, nous estans par delà, fut crié ban et arriere ban, et la guerre ouverte à feu et à sang : tellement que nous les vismes en champ de bataille, avec leurs capitaines, Mytouart, Moufflard, Boytart, se prendre aux cheveulx et aux aureilles, pource qu’ilz ne usent point de ferrement ny de bastons. Toutesfoys il y eut du sang respandu, tant d’ung costé que d’aultre, si largement que les fleuves en estoient aussi rouges que la plus belle eaue claire d’une fontaine ; et n’eust esté que moy et mes gens nous mismes à tout noz halebardes