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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE

Manufacturing Society ; les actions étaient de 125 fr., payables comptant ou par termes de 25 sous par semaine. En 1858, le fonds social s’élevait déjà à 325 000 fr., et, depuis, il a augmenté progressivement au fur et à mesure des besoins, et cependant les années 1857 et 1858 furent désastreuses pour la fabrication en général ; les anciennes filatures de Rochdale furent obligées de suspendre les travaux pendant plusieurs jours par semaine, mais la nouvelle venue maintint bravement le prix complet pour journée complète, bien que, pendant quinze semaines, les ventes eussent été complètement arrêtées. Fin 1860, la fabrique installait dans ses ateliers pour une somme de 1 250 000 fr., de puissantes machines de 160 chevaux vapeur chacune ; le Coopérateur et la Persévérance ; elle comptait environ 200 ouvriers. — Là-dessus sont survenues la disette du coton, et, par suite, celle des subsistances, ainsi que des luttes intestines, bien plus affligeantes encore, et dont il sera ci-après amplement parlé. Qu’il nous suffise de dire, qu’aux dernières nouvelles, la manufacture n’employait plus son personnel que deux jours par semaine ; cependant elle manifestait l’intention de payer à ses actionnaires 5 % d’intérêt, et contribuait 75 fr. par semaine pour le fonds de secours aux cotonniers en détresse.


Les Stores ou magasins des Équitables Pionniers comprennent aujourd’hui sept départements pour les articles épicerie, draperie, boucherie, chaussures, vêtements, et enfin le département des marchandises en gros pour le compte de Rochdale, et de quelques sociétés alliées du Yorkshire et du Lancashire. Chacune de ces branches a ses livres particuliers qui sont résumés dans le compte général publié par trimestre. La Société, achetant comptant et vendant comptant, ne peut pas faire de grandes pertes ; durant les treize premières années de son existence, elle n’a pas eu le moindre procès, et, cependant, plus de 7 millions et demi avaient passé par sa caisse. Une centaine d’ouvriers sont employés dans le grand magasin et dans les succursales qui ont été établies dans le faubourg.

» Dans l’établissement central, raconte encore M. Holyoake, le visiteur s’égare dans une multitude de chambres où il voit des tailleurs, des cordonniers qui travaillent dans des conditions d’hygiène parfaites, et sans aucune appréhension sur leur paye du samedi soir. Les magasins sont remplis comme l’était l’arche de Noé, et une foule de pratiques satisfaites pullule vers le soir dans les rues de Rochdale comme autant d’abeilles aux alentours de leur ruche.

» Mais ce n’est pas sur cette brillante activité commerciale que se porte notre esprit : c’est bien plutôt sur ce nouvel esprit qui, osons l’espérer, régénérera désormais nos échanges. Plus d’inimitié entre le vendeur et l’acheteur, plus de soupçons ni de déceptions réciproques ; les hum-