Page:Reclus - La Coopération, ou Les nouvelles associations ouvrières dans la Grande-Bretagne.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
69
ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

Surtout, que les pionniers du progrès n’attendent aucun secours financier en dehors des classes ouvrières. Qu’ils se gardent bien d’emprunter leur capital social aux capitalistes. Ces derniers entreraient dans leur entreprise avec leurs systèmes, leurs habitudes, avec l’esprit ancien, et tout serait perdu. À une œuvre de régénération, il faut des hommes nouveaux et un capital tout neuf. Les associations ouvrières, gérées par les travailleurs eux-mêmes, ne doivent pas s’embarquer dans les affaires de crédit. Pris en masse, le peuple n’est nullement à la hauteur des questions de banque ; il ne doit pas jouer avec un instrument encore trop délicat pour lui, mais se restreindre aux opérations de comptant, qui sont les moins compliquées et les plus énergiques. Aux forts, les choses simples, et celles qui demandent le plus de dévouement. En fait d’emprunts, que les nouveaux sociétaires se permettent tout au plus d’émettre des obligations à 4 ou 5 % d’intérêt, remboursables avec une prime quelconque, la prime représentant la participation dans les bénéfices auxquels nous persistons à croire qu’en tout état de cause le capital doit être associé. Dans une association de coopérateurs bien constituée, le capital-obligations dont les droits sont invariables et, dès l’origine, nettement déterminés devrait être seul ouvert aux capitalistes du dehors, et le capital-actions, plus entreprenant, plus actif, plus intelligent et plus responsable, devrait être exclusivement réservé aux associés.

Que les ouvriers le sachent bien, et qu’une fois pour toutes ils le gravent dans leur cœur : ce n’est pas avec le capital du capitaliste qu’ils s’affranchiront, mais bien à leurs propres frais et risques. Jamais ils ne posséderont que la liberté dont ils se seront rendus dignes, et qu’ils auront créée de toutes pièces. Il sera difficile aux masses de s’affranchir de la misère, nous le savons ; mais, quoiqu’il en doive coûter, elles ne peuvent et ne doivent être rachetées que par elles-mêmes. Que les peuples modernes ne se flattent jamais d’échapper aux misères du prolétariat, et de s’enfuir de la maison de servitude en butinant les Égyptiens, et en leur empruntant, pour ne point les leur rendre, de riches costumes et des vaisselles d’or et d’argent !

V

CARACTÈRE GÉNÉRAL DES ENTREPRISES COOPÉRATIVES, MODIFICATIONS À INTRODUIRE DANS LEUR CONSTITUTION ET LEUR AVENIR PROBABLE EN ANGLETERRE.


Quelle que soit la formule adoptée par l’avenir, nous avons la confiance que les Coopérateurs anglais se tireront avec honneur du pas dif-