Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/193

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consiste à ficher en terre des perches droites & en assez grand nombre pour traverser le ruisseau ; à placer d’autres perches en travers des premières ; à les lier avec elles, & à fortement gazonner le tout, afin d’arrêter l’écoulement naturel de l’eau ; alors, par l’élèvement de sa surface, elle est forcée à couler lentement sur le pré. Cette opération suppose le terrain de niveau, autrement il n’y auroit qu’une partie submergée.

Il vaut mieux, si le terrain est en pente, & si les circonstances le permettent, fixer la prise d’eau assez haut en remontant le lit du ruisseau, parce qu’on ne donne à son courant que la pente nécessaire, & on ne dérobe au ruisseau que la portion d’eau dont on a constamment besoin. À cet effet, dans l’endroit de la prise, on pratique une maçonnerie, au bas de laquelle on ménage une ouverture quarrée qui se ferme & s’ouvre à volonté par une pelle à la manière des écluses. La maçonnerie doit être assez élevée pour empêcher l’eau du ruisseau de la surmonter lors de ses fortes crues. On ouvre ensuite derrière cette maçonnerie un fossé qui conduit l’eau dans la partie la plus élevée de la prairie, & cette eau est enfin également distribuée au moyen des rigoles ou des saignées.

La position du local nécessite quelquefois à remonter fort haut pour prendre le nivellement dont on a besoin, & par conséquent à passer souvent sur les terrains d’un ou de plusieurs propriétaires. Il faut donc un accord unanime entre ces propriétaires pour ouvrir le fossé. L’entreprise pour la dépense générale doit être commune, & les avantages communs. Les vicissitudes qu’éprouvent les successions, nécessitent ceux qui entreprennent ces irrigations à stipuler les conventions réciproques, & à assurer leur durée par un acte authentique. Cet acte doit être motivé de la manière la moins équivoque & la plus précise, autrement il deviendroit par la suite une source perpétuelle de procès.

Il est bien démontré que de semblables prairies ont de très-grands avantages sur les prairies basses. Le foin en est toujours de première qualité ; son odeur & son goût sont suaves. On est assuré d’avoir chaque année une récolte égale. Enfin, ces prairies ne sont point infectées de cet amas immense de plantes, ou malfaisantes par elles-mêmes, comme les renoncules, &c., ou parasites, qui dévorent la substance des plantes utiles, comme la mousse, les prêles, les joncs, &c. Cet article sera traité dans le plus grand détail au mot Pré-prairie, & au mot Irrigation.


ABREUVOIR. Ce mot se présente ici sous deux acceptions différentes. Dans la première, il désigne le lieu où l’on mène boire les animaux ; & dans l’autre, un vice dans l’organisation d’un arbre.

De l’abreuvoir pour les animaux. Il y en a de deux espèces. La première doit tout à la nature & très-peu à l’art : c’est l’abreuvoir que fournissent les rivières & les ruisseaux ; & c’est le meilleur, parce que l’eau s’y renouvelle sans cesse. Les seuls soins à avoir, consistent à adoucir la pente qui conduit à l’eau, à la paver, si le terrain est glaiseux,